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Fabriquer une guitare électrique

Publié le par Olivier

C'est un projet que j'avais en tête depuis longtemps.

La musique est ma passion, celle qui est la plus exigeante et qui me prend le plus de temps.

Au départ je souhaitais simplement approfondir la connaissance de mon instrument, pourvoir le régler moi-même et de fil en aiguille, l'idée de fabriquer ma propre guitare a fait son chemin.

On sort ici du bricolage, la lutherie est une discipline qui demande la patiente, de la précision et un outillage spécifique. La préparation, la documentation et la réflexion requises exigent du temps.

J'ai moi-même fini par me décider grâce à un luthier anglais.

Ben Crowe, master luthier chez Crimson Guitars

Cet homme est génial. Non content d'être extrêmement doué, il partage sans limite son savoir via sa chaîne Youtube: Crimson Guitars

Ben Crowe

Vous trouverez toutes les connaissances nécessaires à la réalisation de votre projet, la réponse à toutes les questions techniques que vous pourriez vous poser: frettage, angle de renversement, techniques de collage, inlays, ... Chaque poste, chaque étape a fait l'objet d'une ou plusieurs vidéos. Ce sont littéralement des dizaines d'heures de visionnage qui vous attendent, pour peu que vous soyez à l'aise avec la langue de Shakespeare.

C'est justement pour cette raison que je voulais partager mon projet, pour celles et ceux qui ne peuvent pas suivre une vidéo en anglais.

Chez Crimson, ils fabriquent également leurs propres outils, qu'ils vendent via leur boutique:

Site officiel de Crimson Guitars

J'ai moi même fait l'acquisition de quelques outils spécifiques sur cette boutique, j'y reviendrai plus tard.

Mes autres mentors virtuels sont multiplesSull'ys guitar garage (un américain très drôle en plus), le forum de Guitariste.comle site de Denis qui est très actif sur ce forum justement, et plein de pages à droite à gauche...

Dîtes vous bien qu'avant de me lancer, j'ai construit cette guitare dans ma tête des centaines de fois!

Pour la suite de cet article, je vais présumer que vous avez les bases en lutherie: vocabulaire, notions techniques (angle de renversement, diapason, ...) et aussi une bonne maîtrise de vos outils.

Définition du projet

Avant de commencer à dessiner les plans, il faut tout d'abord vous fixer sur un modèle de guitare.

Si vous êtes raisonnable (pas comme moi), il est judicieux de vous orienter vers une Telecaster ou assimilée. C'est en effet la guitare électrique la plus simple à concevoir: pas d'angle de renversement, pas d'angle au niveau de la tête, pas de table rapportée, toutes les cavités à même le corps et cachées par le pickguard.

 

Fender Telecaster
Fender Telecaster

De manière générale, si vous optez pour un modèle existant et populaire, tout sera plus simple. Vous pourrez même acheter des templates tous prêts pour vos défonces.

Créer une guitare de A à Z avec un design complètement innovant n'est pas, selon moi, le choix à faire pour une première fabrication. Il sera plus compliqué de demander de l'aide, ou de se référer à d'autres luthiers.

Concernant mon projet, j'avais une idée très précise de ce que je voulais de puis longtemps. Je joue principalement sur Telecaster, donc j'ai eu envie de me faire une Les Paul. Mais pas une copie conforme, car il y a beaucoup à redire sur ses formes (selon mes goûts personnels). J'ai donc eu envie de dépoussiérer son allure tout en gardant ses caractéristiques maîtresses, à savoir: manche collé, chevalet TOM avec angle de renversement pour le manche, au moins 13° d'angle pour la tête, configuration HH pour les micros, mais avec un seul volume et un seul tone.

Gibson Les Paul
Gibson Les Paul

Pour le bois j'ai pris un acajou (car l'acajou est une famille, il en existe des dizaines) pour le corps et le manche, ainsi que de l'ébène du Gabon pour la touche, mais pas de table rapportée pour rester dans un projet pas trop complexe.

L'outillage

Je ne vais pas être exhaustif bien entendu, car je pense m'adresser à des bricoleurs chevronnés, déjà bien équipés en matériel courant. Je vais plutôt me concentrer sur ce qui est inhérent à la lutherie.

Votre outil électroportatif principal va être la défonceuse. C'est absolument indispensable d'en avoir une et de savoir bien s'en servir. Ce n'est pas une perceuse, il y un peu de savoir faire pour ne pas d'arracher un doigt avec. Vous verrez sur le net qu'à priori si on n'a pas une Festool on peut rien faire, moi je fais avec mes moyens, j'ai donc une Macallister tout ce qu'il y a de plus bas de gamme, mais elle fait très bien l'affaire. 

Pour aller avec cette défonceuse, prévoyez plusieurs fraises à copier (de diamètre et de hauteur différents selon les besoins). J'en reparle plus tard.

Un autre outil à ne pas négliger, la ponceuse orbitale (ou excentrique si vous voulez). J'utilise pour ma part la marque anglo saxonne Triton, inconnue chez nous mais très utilisée outre Manche. C'est de la super came, pour un prix défiant toute concurrence.

Il vous faudra bien sûr une scie sauteuse (avec de bonnes lames!), une perceuse (avec de bon forêts à bois!), idéalement une perceuse colonne et un bon aspirateur pour pas crever dans la sciure.

Voilà pour l'électro. Un établi où on peut positionner ses outils sous table est également recommandé.

Le reste, ce sont tout un tas d'outil à main, à commencer par les rabots. Je ne savais pas m'en servir avant de me lancer, si c'est votre cas, renseignez vous bien sur comment les affûter, les régler et entraînez vous! Ce n'est pas sorcier, c'est un coup de main à prendre.

Il va vous falloir toute une collection de ciseaux à bois, de différentes largeur. Là encore, prenez bien le temps de les affûter. Des râpes à bois (plates, rondes, demi rondes).

Une lime spéciale pour les frettes.

J'ai acheté également deux outils japonnais absolument magiques:

râpe japonnaise
La râpe Shinto, ou râpe japonnaise
scie japonnaise
La scie japonnaise

La première est utile à la sculpture des galbes (avec une facilité déconcertante), et la seconde permet des découpe d'une précision inégalable.

J'ai également passé commande chez Crimson Guitars:

Outils Crimson guitars
Des outils de chez Crimson

Il y a une cale à radius en hêtre (une 9,5" ici, c'était mon choix, je fais surtout de la rythmique), une règle à poncer et deux petites gommes pour le polissage des frettes.

Pensez aussi à avoir une petit maillet pour le frettage, toute une gamme de papier à poncer (80, 120, 180, 240, 320 au minimum), de la laine d'acier 000, des serre-joint (beaucoup).

Vous aurez également besoin de tout le nécessaire de mesure et de traçage: règles longues et courtes, compas, rapporteur, équerre...

Il vous faudra de quoi faire l'électronique aussi, soit un fer (30W c'est bon), de l'étain, un multimètre...

Ne négligez pas la sécurité avec un masque (certains matériaux travaillés ici vont aller durablement se loger dans vos poumons), un casque de protection auditive et des lunettes de protection.

Réalisation des plans à l'échelle

Si votre projet est une guitare existante, vous trouverez facilement sur le net des plans tous prêts. C'est souvent en pouces (il existe des convertisseurs, comme sur le site de Stewmac par exemple), et la plupart du temps payant mais ça vous fera gagner beaucoup de temps et vous aurez quelquechose de très précis.

Dans mon cas, je suis parti d'un plan de Les Paul standard et je l'ai modifié pour avoir un design plus personnel:

Plan guitare électrique
Mon plan à l'échelle 1:1

On retrouve, sur la partie supérieure du corps, les galbes d'une Les Paul, mais la partie inférieure est différente, plus fluide, moins massive (avec un côté un peu "jaguarisé" si vous voyez ce que je veux dire). le diapason, l'emplacement des micros, du chevalet, du cordier et des mécaniques sont identiques à la Les Paul. Et là est l'astuce, car même si le résultat final sera assez personnel, avec un dessin de tête très différent et un corps modifié, je reste en terrain connu pour la conception.

J'ai également fait un profil pour avoir une idée de mon angle de renversement:

Angle de renversement
Angle de renversement

Pour le déterminer, j'ai utilisé la méthode Ben Crowe. Comme vous le verrez c'est très simple, pas besoin de le calculer c'est jute de la géométrie.

A ce stade, j'ai recopié sur un autre rouleau chaque partie de guitare (corps, manche et tête) afin de fabriquer mes gabarits.

Fabrication des gabarits

C'est une étape cruciale!! En effet, on va ensuite travailler avec des fraises à copier montées sur une défonceuse, donc vos gabarits doivent être absolument parfaits.

Voici une façon de faire, avec du MDF et de l'huile de coude :)

En premier lieu, on vient coller les formes en papier soigneusement découpées sur le mdf (avec de la bête colle UHU ça fait l'affaire):

Gabarits guitare électrique
Mes trois gabarits à réaliser

Avec une scie sauteuse, j'ai ensuite découpé au plus près du papier. Puis, avec des limes, des râpes et mes petits bras, j'ai travaillé chaque contour pour épouser au mieux la forme.

Ces premiers gabarits sont en fait les gabarits de mes gabarits :) Pour comprendre, il faut voir à quoi ressemble la fraise à copier:

Une fraise à copier
Une fraise à copier

Elle est ici montée sur ma défonceuse, elle-même fixée sous table. On voit une bague de roulement sous la fraise, cette bague va rouler sur les contours du gabarit et permettre la copie parfaite de l'élément. 

Donc pour que ça fonctionne, il faut que la tranche du gabarit soit parfaitement régulière et perpendiculaire aux faces, chose pas possible à réaliser avec les outils à main.

C'est pourquoi j'ai d'abord fait mes premiers gabarits à la main, du mieux possible, puis je les ai copié à la défonceuse. J'ai ainsi des gabarits avec des tranches parfaites. 

On termine par dessiner très précisément la ligne centrale de chaque pièce sur les deux faces et les tranches, pour les futurs positionnements)

Gabarits guitare électrique
Gabarits

Ce n'est que lorsque j'ai eu en main ces gabarits bien réalisés que j'ai commencé à commander de quoi fabriquer ma guitare, en commençant par le manche, qui est de loin l'étape la plus sensible de la réalisation. En gros, si vous réussissez le manche, c'est presque gagné.

Parenthèse sur une technique bien utile

Je vais tout de suite vous expliquer une technique basique dont je me suis servi tout au long de la fabrication.

Lorsque vous devez fixer une pièce à une autre de manière temporaire, par exemple un gabarit sur le bois pour faire une défonce:

  • Prenez du scotch de masquage (le même que pour la peinture par exemple) et mettez en un morceau sur chaque pièce, de manière à ce qu'ils soient en contact l'un et l'autre
  • Appliquez un filet de super glue sur l'un des deux
  • mettez les pièces en contact en appuyant fortement quelques secondes

Cela vous donnera une résistance incroyable, qui encaisse sans soucis le passage de la défonceuse.

Lorsque vous avez terminé, il vous suffi "d'arracher" les deux pièces et d'enlever les scotch. Il n'y aura aucun résidu sur le bois, c'est vraiment très pratique.

Voici une vidéo de démonstration: Technique scotch + superglue

Un peu de shopping

Dans cette section je vais vous dire tout ce que j'ai acheté et quel budget cela représente au final, sans compter l'outillage.

J'ai longuement hésité, concernant le bois, quant au choix du fournisseur. Il n'en existe pas des centaines.

Les deux plus importants, en France, sont Kauffer et VDA. En Europe, et particulièrement en Espagne, j'avais retenu Madinter et Maderas. Je pense que tous ces vendeurs sont valables, mais j'ai opté pour la préférence nationale, et après un coup de fil pour discuter un peu de ce qui me fallait, mon choix s'est porté sur VDA.

C'est un luthier installé en région parisienne, il est très sympa et propose tout ce qu'il faut. Je lui ai commandé:

  • Un corps en acajou 2 pièces, avec option collage comme ça au moins je pouvais le travailler directement (65€)
  • Un manche en acajou (25€)
  • Une touche en ébnène, avec option slottage au diapason de mon choix,  c'est à dire 628,65mm. C'est une opération délicate, et vu l'investissement en matériel pour le faire proprement, je trouvais ça mieux de le faire faire (36€)
  • Un truss rod double action (13)
  • Des frettes nickel/argent medium jumbo (7€)
  • Les inlays de touche et de tranche de touche en nacre (13€)

Il n'avait plus de colle dispo, donc j'ai pris ma Titebond sur Amazon (9€)

Titebond glue
La fameuse Titebond, colle réversible

Pour le reste, j'ai tout pris chez Guitar'n'Blues, sympathique entreprise basée à Carquefou:

  • Un cordier (15€)
  • Un chevalet TOM (18€)
  • Des mécaniques Gotoh (40€)
  • Un sillet graphtech (9€)
  • Un potentiomètre de volume push pull (8€)
  • Un potentiomètre de tonalité (6€)
  • Un sélecteur 3 positions (15€)
  • Du câblage (8€)
  • Des rings pour les micros (6€)
  • Et encore plein de choses: des boutons de potentiomètre (7€), une embase jack (3€), un condensateur 44unF (3€), de la visserie (7€), des straplock (10€), de la feuille de cuivre (9€)

Enfin, concernant les micros, j'ai fait une affaire (sur un groupe de vente FB), j'ai choppé une paire de wilkinson avec capots chromés pour 40€, une aubaine.

Au total, en comptant les différents frais de port, j'arrive autour de 360€ pour la guitare complète, ce qui me parait très raisonnable.

Pensez à bien coucher sur papier tous vos besoin, à farfouiller dans les sites de vente pour voir si vous n'avez rien oublié.

Usinage du manche

Ce que j'ai rapidement compris concernant la fabrication d'une guitare électrique, c'est que la difficulté principale réside dans la réalisation du manche. C'est pourquoi j'ai commencé par ça. Inutile de passer des heures sur le corps si je suis incapable de faire ça d'abord.

matériaux manche de guitare
Toute ce qu'il faut pour un manche de guitare

J'ai commencé par scier la tête, selon un angle de 13°. C'est à priori le minimum pour s'assurer que les cordes seront fermement tenues dans le sillet. Chez Gibson, cet angle est variable, allant jusqu'à 17° de mémoire, mais ça ne rend l'ensemble que plus vulnérable aux chocs.

sciage tête de manche
Oui, c'est du bricolage

J'ai donc tracé précisément les traits de coupe sur les 4 faces (règle, équerre, rapporteur), puis je suis venu fixer deux rails en alu sur les tranches, en les collant avec la technique scotch+superglue, et en assurant le tout avec un serre joint histoire que ça ne bouge pas.

Ensuite, huile de coude et scie japonaise ont fait le reste, mais c'est un travail de longue haleine car l'acajou, ce n'est pas du sapin :)

découpe tête de manche
Une belle découpe dégueulasse

Afin d'avoir une jointure parfaite, il convient de raboter l'ensemble.

rabotage tête de manche
Positionnement en vue du rabotage

Toujours en utilisant la méthode scotch+superglue, j'ai collé la chute sur le manche en alignant les biseaux et j'ai raboté l'ensemble

rabotage tête de manche
C'est nettement mieux

Il suffira ensuite de coller cette pièce à l'envers derrière le manche pour avoir une jolie tête à l'angle voulu. mais avant de faire cela, il convient d'usiner la gorge du truss rod, tant qu'on peut encore poser le manche à plat sur l'établi:

truss rod channel
La fameuse gorge pour le truss rod

Vous noterez deux choses:

  • J'ai bien entendu stoppé ma gorge au niveau de l'emplacement du sillet
  • J'ai élargi la gorge pour l'écrou du truss rod au ciseau à bois, mais ça aurait été plus propre à la défonceuse avec une fraise de diamètre supérieur

Quoiqu'il en soit, la tige filetée rentre tout pile, est bien ajustée, et vient tout juste affleurer ce qui est le but recherché.

L'étape suivant consiste à coller la tête:

collage tête de manche
Collage in progress...

Il ne faut pas lésiner sur les serre-joints bien entendu. A chaque étape de ce genre, pensez à tout bien préparer, à serrer à blanc pour voir si les serre-joints ne se gênent pas entre eux... l'idée c'est de pas avoir à galérer une fois la colle appliquée.

A ce propos, pour tout collage, munissez vous d'une carte de fidélité en plastique (enfin vous voyez le genre) de façon à bien étaler la colle uniformément avant de mettre en contact et en pression.

Une fois desserré (pour les collage critiques comme ceux là, j'ai toujours laissé en serrage 24H), vous devriez avoir ça:

guitar neck blank
On commence à voir où on veut en venir

On va attaquer l'usinage de la forme. A l'aide de mes gabarits (manche et tête, qui sont distinct du fait de l'angle), j'ai tracé au crayon la forme sur le bois, en alignant parfaitement la gorge de truss rod sur mes lignes centrales de gabarit, puis j'ai grossièrement découpé à la scie sauteuse en venant au plus près du trait:

neck blank shaped
Le manche grossièrement découpé

L'étape suivante vous la devinez, j'ai fixé mes gabarits (scotch + superglue) en deux temps, d'abord le manche puis la tête, et terminé l'usinage à la défonceuse, à l'aide de la fraise à copier:

headstock routing
Défonce de la tête de manche

On voit sur cette photo que mon gabarit dépasse un peu sur le manche, et de la même manière le gabarit de manche dépasse un peu sur la tête, ceci afin de pouvoir facilement procéder en deux temps sans risquer que la fraise ne quitte le gabarit.

Il faut procéder par très petites passes, un ou deux millimètre de matière à chaque fois, ceci afin de bien maîtriser ses gestes et de ne pas brûler le bois.

On se retrouve, au final, avec quelque chose qui commence à ressembler à un manche de guitare:

raw guitar neck
Le manche, prêt à recevoir sa touche

 

Collage et usinage de la touche

On commence par tracer sur la touche la forme du manche avec le gabarit, en s'aidant du repère de sillet pour le positionner:

fingerboard
Ma touche en ébène, pré-soltée au diapason voulu

Après avoir grossièrement découpé le surplus à la scie sauteuse, j'ai suivi les conseils de l'ami Ben Crowe pour précisément positionner la touche en vue du collage. c'est une astuce diabolique :)

Tout d'abord, on vient positionner et serrer la touche sur le manche. Cette étape est cruciale!!! On mesure, on mesure, on mesure... on vérifie l'équerrage des slots par rapport à l'axe du manche, environ 20 fois!!! 

fingerboard placement
Pré-positionnement de la touche

A l'aide d'un forêt de 2mm, on perce la touche sur les frettes 1 et 22, en allant jusque dans l'acajou (ces petits trous seront plus tard cachés par les frettes), et on y insert deux petits cure-dents:

fingerboard
les cure-dents sont en place

A ce stade, on peut donc enlever et remettre la touche en place à loisir, elle sera toujours parfaitement disposée. C'est quand même une sacré bonne astuce!

On est donc prêts pour le collage, on vient mettre en place le truss rod:

truss rod
Le truss rod protégé

Selon les guitares qu'il construit, Ben Crowe masque (ou pas) le truss rod comme je l'ai fait. Je ne sais pas si c'est essentiel, la seule chose qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas mettre de colle dans l'écrou sous peine de ne pas pouvoir l'actionner par la suite (logique).

fingerboard gluing
On encolle généreusement

On vient étaler la colle sur toute la surface et on met les cure-dents en place, puis on positionne la touche et on vient couper les cure-dents à ras, avant de serrer à bloc l'ensemble. On prend garde à essuyer le surplus de colle qui ne manquera pas de couler partout:

fingerboard gluing
collage en cours, 24h de serrage

Ceci étant fait, j'ai repris la touche à la défonceuse pour la finir parfaitement selon les contours du manche. Pas besoin des gabarits cette fois, la bague de copiage vient s'appuyer directement sur l'acajou qui a déjà la forme finale. 

Comme je souhaite une touche plus longue que le manche (qui viendra s'appuyer sur le corps, devant le micro), je prend garde à l'extrémité que je finirai plus tard.

Encore plus qu'avec l'acajou, on y va très doucement. L'ébène est un bois très dur, très solide mais aussi cassant. L'utilisation en douceur de la défonceuse, par toutes petites passes, vous permettra de ne pas tout gâcher.

Guitar neck
ça avance...

 

Radius et inlays

Concernant le radius, je n'aurais jamais pensé que ce serait aussi dur. Poncer de l'ébène à la main, c'est vraiment un boulot de titan.

En utilisant la méthode scotch+superglue, je suis venu coller mon papier à poncer sur ma cale à radius. Comme elle est double face, j'ai pu mettre deux grains à la fois ce qui est pratique. J'ai fait 80, 120, 180, 240, 320, 500, 800, 1000, sachant que le gros du boulot c'était le 80, pour donner la forme (les autres grains ça a été vite, c'était pour affiner le ponçage).

Pour que le ponçage soit parfaitement régulier, j'ai bloqué le manche entre deux cales parallèles sur lesquelles venait s'appuyer la cale à poncer, pour rester bien d'aplomb. J'ai poncé presque 3h...

fingerboard radius
Un vrai miroir

Avant d'attaquer le frettage, j'ai incrusté mes inlays en nacre. C'est une étape très simple pour peu que vous choisissiez comme moi des inlays cylindriques. 

Pour le dessus, j'ai pris des 3mm et pour la tranche, des 2 mm.

On vient à chaque fois (après avoir rigoureusement marqué leur emplacement au crayon) percer avec un forêt adapté (3mm et 2mm donc) leur emplacement, selon leur épaisseur.

Puis on met une goutte de superglue et on les colle dedans.

Une fois le tout bien sec, il faut poncer au grain fin pour qu'ils soient parfaitement intégrés à l'ensemble:

fingerboard inlays
les inlays de la touche
fingerboard side dots
idem pour la tranche

 

Façonner le galbe du manche

Je triche un peu, sur les photos précédente vous avez vu qu'en fait j'avais déjà réalisé cette étape avant de mettre les inlays, mais ça n'a pas d'importance.

C'est une étape essentielle encore, qui me faisait très peur tant je doutais de ma capacité à le faire à la main et au feeling.

Bien sûr, j'ai imprimé et découpé des gabarits de profil par frette pour contrôler régulièrement mon travail. Pour le reste, j'ai tout fait à la râpe japonaise, qui est vraiment un outil génial, à la fois progressif et très abrasif:

neck carving
Façonnage du galbe

Après deux bonnes heures (pas si long finalement) d'un travail très agréable, durant lequel votre manche prend vie sous vos yeux, j'ai obtenu un résultat très satisfaisant:

neck carving
le galbe du manche
le profil est calqué sur un manche de Les Paul

Les photos que vous voyez ici ne sont cependant pas le résultat final auquel je suis parvenu, et que vous verrez vers la fin de cet article.

Déjà le talon est énorme ici, c'était un choix délibéré car à ce stade je n'avais pas commencé le corps. Je suis venu le reprendre une fois le manche collé au corps, pour avoir une forme et un accès aux dernières cases optimal.

La volute n'est pas non plus terminée sur ces photos. J'ai également fini par l'affiner un peu plus, car je trouvais vraiment le profil Les Paul très épais. Gardez en tête que, pour cette phase, l'outil le plus important est votre sens du toucher, c'est lui qui vous guidera.

Le frettage

Sur l'ensemble de la réalisation de ma guitare, c'est ce que j'ai trouvé de plus compliqué à faire, car cela influe directement votre capacité à régler la guitare pour qu'elle ne frise pas partout.

Qui plus est, l'ébène est un écueil supplémentaire, car la nature extrêmement dure du bois rend l'insertion des frettes délicate et potentiellement fatale pour votre touche.

Avant tout, avec ma scie japonaise, j'ai repris chaque slot car avec le radius ils n'avaient plus une profondeur constante. J'ai aussi, à l'aide d'une règle, modifié la courbure du manche en jouant sur le truss rod pour qu'il soit parfaitement plat.

Muni d'un petit maillet en plastique dur, j'ai enfoncé mes frettes (préalablement découpées) dans les slots, en commençant par le centre et en allant vers les extrémités. Il faut procéder par petits coups secs:

fingerboard frets
la misère

A la 4ème frette, je me suis arrêté 5 min pour réfléchir, ça n'allait pas du tout. Il fallait que je tape très fort et ils ne rentraient pas bien, j'avais peur de casser la touche. J'ai donc pris une lame de scie à métaux très fine (mais tout de même plus épaisse que ma scie japonaise) et j'ai refait tous les slots. La suite s'est passée sans encombres:

fingerboard fretting
le frettage, une étape cruciale

On voit sur cette photo que je me suis loupé à la frette 14 qui était trop courte sur la gauche (le boulet...), je l'ai donc enlevée et j'en ai remis une nouvelle.

Il m'a ensuite fallu couper au plus ras possible les extrémités de chaque frette avec une pince de ce genre:

pince coupante
ça permet de couper très près de la touche

Puis, avec une petite lime plate, j'ai limé les extrémités pour venir à ras de la touche:

fret edges
Les frettes, limées à la bonne longueur

A ce stade, les frettes n'ont pas toutes la même hauteur. On va passer à la prochaine étape, qui est la planification.

On protège la touche au scotch pour ne pas l'abîmer:

protected fingerboard
La touche protégée

Avant de planifier, avec une lime, on vient arrondir les extrémités des frettes. Ceci permettra qu'elle n'accroche pas les cordes sur un bend et que la sensation soit douce au passage de la main sur la tranche.

J'ai ensuite pris ma règle à poncer (cf la section matériel plus, de ma commande chez Crimson) et collé dessus mon papier (toujours scotch + superglue), grain 120.

A l'aide d'un marqueur noir, faites un petit trait sur le sommet de chaque frette. Ensuite, on ponce sur toute la longueur, régulièrement, en suivant le radius. On prend son temps, on n'appuie pas trop fort ça ne sert à rien, l'alliage nickel/argent se reprend très facilement.

Lorsque les traits de marqueur ont tous été attaqué, le résultat s'approche de la vérité. Cela signifie que le ponçage est effectif sur chaque frette, et que le niveau est constant. On contrôle les frettes 3 par 3 pour s'en assurer. Il existe pour cela un outil:

Fret Rocker
Un Fret Rocker

Grâce à ses différentes face, il vous permet d'avoir toujours une longueur qui correspond à trois frettes. C'est un travail de longue haleine, il faut vérifier chaque groupe de trois, sur toute la largueur du manche. Tant que l'on détecte des écart, même infimes (j'insiste, c'est crucial!!!), on reprend la zone concernée en ponçant sur la longueur.

Lorsque ce sera terminé, vous aurez des frettes quasi intactes (celles qui étaient plus basses), et d'autres complètement plates (celles qui étaient trop hautes donc). Il faut donc les reprendre, une par une, pour leur redonner un arrondi qui permette une surface de contact avec les cordes qui ne soit pas trop larges (on tolère quelques dixièmes de millimètres, mais pas trop, sinon gare à la justesse!)

J'ai opté pour la facilité avec cet outil:

Fret file
Une lime à frettes

C'est très simple à utiliser, mais il faut faire attention car on risque de rendre la frette moins haute avec ça et de gâcher la planification. J'y renviendrai plus tard car, c'est ce que j'ai fait (un peu)...

L'autre solution, celle de Ben Crowe par exemple, est plus technique mais beaucoup plus propre. Il faut une lime spéciale comme cella là:

Fret crowning file
La lime de chez Crimson

Ses tranches sont lisses pour ne pas abimer la touche. Avec un mouvement savant, on part de la base de la frette en "enroulant" vers son sommet pour la façonner. 

Quelque soit votre méthode, cette étape vous demandera beaucoup de temps. Il vous faudra régulièrement contrôler au fret rocker si vous n'avez pas trop limé, reprendre en conséquence...

Mais faites le bien, prenez votre temps, c'est peut-être le point le plus important de la fabrication pour la jouabilité finale de l'instrument.

Finalisation du manche, logo peso et réparation d'une bévue

Il reste finalement peu de choses à faire pour le terminer, outre le ponçage bien sûr.

Avec des râpes très fines et du papier à poncé, j'ai terminé la fin de la touche qui dépasse du manche.

Je me suis aussi attaqué au logo. Plutôt que de partir sur un transfert, j'ai choisi de le sculpter à partir d'une chute d'ébène de ma touche. J'ai donc imprimé le motif l'ai recopié sur le bois, puis j'ai scié avec ma scie japonaise et sculpté le tout avec des ciseaux à bois de petite taille. Et je ne suis pas mécontent du résultat:

Morgal = MORGan + ALexandre, mes deux enfants

J'ai aussi percé les trous pour les mécaniques, et là attention!! Il s'agit d'un gros diamètre de perçage (10mm pour les miennes, c'est ça en général), donc on commence par faire un trou avec un petit forêt, disons 4mm.

Ensuite, on vient percer par le dessus au 10mm, mais sans aller jusqu'à la fin, car le forêt risque d'arracher les fibres en ressortant de l'autre côté. Donc on s'arrête un peu avant, on retourne le manche et on finit en perçant par l'autre côté.

guitar headstock
Mes mécaniques Gotoh

Ce qu'on ne voit pas sur cette photo, c'est qu'en perçant le trou de la mécanique de Sol, la tête s'est fendue depuis l'extrémité jusqu'au trou...Le vieux retour de couple à l'arrêt de la visseuse, fatal sur une pièce si délicate (même pour de l'acajou).

Passé cet intense moment de solitude où vous commencez à avoir envie de pleurer, chaque problème à une solution!

J'ai été acheter à la pharmacie une seringue avec une aiguille très fine. J'ai très légèrement dilué ma colle (vraiment quelques goûtes, pour la fluidifier) et ensuite j'ai injecté la colle dans la fente, en la faisant bien déborder de partout. Après ça, serrage une nuit et c'est totalement invisible et à tout épreuve. Ouf, je suis pas passé loin de la catastrophe :)

Pour finir, j'ai tout poncé au 80, 120, 180, 240, 320 (après avoir fait toutes les reprises sur le galbe et l'épaisseur dont j'ai parlé plus haut)

Usinage du corps

On peut considérer que le manche est pratiquement fini, donc on passe au corps;

body blank
Mon superbe bloc d'acajou

Pour positionner le gabarit, il faut aligner la ligne centrale sur le collage des deux morceaux. Ensuite on trace le contour au crayon puis on découpe grossièrement à la scie sauteuse:

body blank
Decoupe grossière du corps

Ensuite, on vient fixer le gabarit dessus (scotch + superglue) et on commence à défoncer la forme finale:

guitar body routing
Prêt pour la défonce
Guitar body routing
Après une première passe
Guitar body routing
Deuxième passe
Guitar body
Vala :)

J'ai donc été obligé de procéder en plusieurs passe, du fait de la longueur limitée de ma plus grande fraise à copier. J'ai utilisé le gabarit pour la première passe puis je l'ai enlevé puisque, pour les suivantes, je me suis appuyé sur l'usinage déjà réalisé.

Le plus simple est d'avoir une fraise comme celle-ci, montée sous table:

router cutting bit
Une fraise de grande longueur

Sauf qu'un tel objet frôle la centaine d'euros, à vous de voir...

Les cavités de micro

La plupart du temps, on fait ses gabarits de micro directement dans le gabarit du corps, mais j'ai préféré les faire à part:

humbucker routing template
Gabarit de défonce micro

Pour ce qui est de leur position, il faut veiller à bien prendre en compte l'épaisseur des deux rings dans lesquels on va les fixer, et ensuite vous pouvez vous référer à un plan de Les Paul pour leur position respectives par rapport au chevalet et à la fin de la touche.

Pour réaliser ce genre de défonce, on vient d'abord évider l'emplacement de façon grossière avec un forêt comme celui-ci:

drilling bit
Forêt à encastrement

Ceci afin de faciliter le travail de la défonceuse et limiter les risques de brûler le bois.

Les cavités de micro

 

Défonce de la cavité électronique

Afin de disposer d'un rebord sur lequel la plaque viendra s'appuyer, on va avoir besoin de deux gabarits ici (l'un étant plus petit que l'autre.

A moins de disposer d'une fraise à copier extrêmement petite, il va falloir surélever le premier gabarit pour défoncer juste 4mm (épaisseur de ma plaque). J'ai opté pour le système D en insérant des martyrs sous le gabarit:

routing template
Encore du grand bricolage :)

Une fois ceci fait, on pose le deuxième gabarit et on défonce à la profondeur voulue (à vérifier avec la profondeur de vos composants électroniques):

guitar routing cavity
J'ai laissé des 'plots' pour les vis

 

Angle de renversement

On arrive encore sur une étape très important pour le résultat final.

Cela ne vous surprendra pas, j'ai encore utilisé une méthode chère à Ben Crowe, le rabotage de l'avant de la table. Sur cette vidéo, vous verrez à quel point c'est malin.

J'ai donc commencé par fixer une cale à l'emplacement de mon futur chevalet afin d'y prendre appui avec mon grand rabot:

guitar neck break angle
La méthode Ben Crowe

La hauteur de cette cale est fondamentale. Vous comptez la hauteur des cordes au sommet de votre chevalet (plus un peu de marge), dans mon cas environ 17mm, auxquels vous retranchez l'épaisseur de la touche + la hauteur des frettes + la hauteur de corde. En prenant de la marge (on peut quand même bien jouer sur le réglage à la fin), il me fallait environ 10mm.

Et ensuite on rabote, tranquillement, tout l'avant de la table. Ce gros chanfrein sera englobé au final dans les galbes du corps.

On contrôle régulièrement: on pose le gabarit de manche (10mm d'épaisseur, soit environ 1mm de plus que l'ensemble touche+frette+corde) à sa future place, et on contrôle avec une grande règle à quelle hauteur on arrive au niveau du chevalet. Si vous avez bien compris le concept, on s'arrête quand on a l'angle voulu.

neck break angle
La table, dûment rabotée

Il reste ensuite à fabriquer, à partir de votre manche, un gabarit ultra précis de la défonce à réaliser. L'idéal à la fin, c'est d'avoir un manche difficile à rentrer dans sa cavité, il faut que ce soit très ajusté, qu'on puisse presque porter la guitare par le manche sans qu'il soit collé.

Lorsque votre gabarit est prêt, vous le fixez sur la pente rabotée et ainsi la défonce aura la même pente, et votre manche le bon angle. Bingo:

guitar
Ce fameux soir où mon bricolage est devenu une guitare

 

Façonnage du corps

On va ressortir la râpe pour sculpter les galbes du corps. A ce propos, il existe bien sûr d'autres façons de faire.

De manière générale, vous obtiendrez le meilleur résultat avec des outils coupants, comme un racloir ou mieux encore, une wastringue:

wastringue
Une wastringue

Ce sera en revanche un peu plus technique qu'à la râpe.

Ben Crowe, quant à lui, utilise ce genre d'objet:

Disque abrasif pour meuleuse

Alors ça coûte cher, c'est une efficacité ahurissante mais c'est extrêmement délicat à utiliser. On a vite fait de donner le coup de trop qui ruine le travail.

Je vous laisse admirer comment il fait: Ben Crowe qui usine un manche. Faut un certain doigté on dira...

Me concernant, je disais donc que j'ai ressorti ma râpe japonaise:

guitar body carve
Un long travail

Je n'ai pas spécialement tracé grand chose, j'y suis allé au feeling, progressivement, en utilisant beaucoup le toucher pour sentir les écart, en m'asseyant avec le corps sur le genou pour avoir une idée de sa prise en main future.

ça prend du temps, mais c'est gratifiant

J'avais tout de même dessiné sur la tranche une ligne qui figurait la fin du galbe, histoire que ce soit régulier.

guitar carving
La forme se précise
guitar carving
Et voilà

 

Perçages divers, plaque en bois, logo

Arrivé à un stade aussi avancé, il me restait une peur, c'était de massacrer mon travail en faisant les derniers perçages.

J'ai commencé par créer un conduit entre les deux cavités de micro:

Encore du Ben Crowe

J'ai percé légèrement en biais, le moins possible grâce à ma rallonge de forêt, de la même manière de chaque côté jusqu'à opérer une jonction:

impeccable

J'ai ensuite percé entre le micro chevalet et la cavité arrière:

celui là c'était facile

A l'aide de mèches plates, je suis venu faire place pour mes potentiomètres:

Mon électronique

J'ai aussi joué du ciseau à bois pour que le tout vienne comme il faut:

Le switch entre les deux potards, j'adore

Enfin, j'ai créé un conduit pour mon embase de jack, à la mèche plate de 20mm (chaud celui là):

guitar jack
Plugged :)

Afin de cacher tout ça, pourquoi utiliser une bête plaque en plastique? (comme sur les guitares à plusieurs milliers d'euros...)

A partir d'une chute d'acajou, j'ai "coupé une tranche" :)

ma future plaque

Je l'ai ensuite retravaillée à la râpe pour qu'elle soit parfaitement ajustée

Un peu épaisse, mais mieux vaut trop que pas assez

Et j'ai fini en ponçant cette plaque au 80 jusqu'à ce qu'elle affleure:

guitar backplate
je me suis lâché sur les vis...

On voit la différence de grain bien entendu, mais je trouve ça toujours mieux que du plastique. Le truc, c'est qu'au lieu des vis j'aurais dû utiliser des aimants, ça aurait été plus esthétique. Je le ferai pour la suivante.

Je me suis ensuite attelé à incruster mon logo dans la tête de manche. Pour ce faire, j'ai évidé l'emplacement avec un petit ciseau à bois:

guitar logo
il y aura toujours un beau relief

On voit que ce n'est pas parfait, donc j'ai fait une espèce de pâte à bois en mélangeant de la colle avec de la poussière d'acajou (récupérée avec ma ponceuse) et j'ai comblé les interstices:

guitar logo
ça sera mieux

Après séchage et ponçage, on n'y verra que du feu.

J'ai enfin percé les trous pour mes inserts de chevalet et de cordier. Attention ici à bien mesurer et à percer très droit, c'est déterminant. 

Pour le chevalet, j'applique la règle suivante: le pontet de Mi aigu au diapason, le pontet de Mi grave au diapason + 3mm.

Dernière chose, avec un petit forêt, je suis venu percer entre l'intérieur de l'insert droit du chevalet le conduit qui va du micro chevalet à la cavité électronique afin de faire passer un cable de masse. On voit ça plus tard

Collage du manche, ponçage final

Je n'ai pas pris de photo du collage du manche. Il n'y a rien de sorcier, on badigeonne la colle dans toute la cavité (fond et parois), on emmanche le talon et on met des serre-joints. C'est parti pour 24h de séchage...

Une fois les serre-joints ôtés, j'ai repris le talon et usiné le tout pour que ce soit harmonieu, agréable au toucher, avec les dernières frettes facilement accessibles. Pas de règle ici, c'est une affaire de goût.

Pour le ponçage, j'ai sortir ma ponceuse orbitale et j'ai enchaîné les grains. Je suis allé jusqu'à 1000 mais c'est inutile. On m'a conseillé (notemment Denis de guitariste.com) de m'arrêter au 320. Pour la prochaine je suivrai ses conseils.

Ce qui est sûr, c'est que pour le dernier grain, il faut d'abord dresser les fibres. Pour ce faire, on mouille généreusement le bois, on laisse sécher et là vous verrez que la surface, précédemment lisse, est devenue rugueuse du fait du dressage des fibres. On peut alors procéder au ponçage final.

Prête pour sa finition
On sent poindre le succès

 

Finition à la Tru Oil

Pour la finition, hors de question de la peindre, mon idée depuis le départ c'est de mettre le bois en valeur.

Au départ je pensais vernir, ce qui est fastidieux et requiert une certaine technique, mais on m'a parlé de la Tru Oil, qui est très employée par les luthiers. C'est grossièrement un mélange huile+vernis+térébenthine:

La Tru Oil

L'avantage c'est que la composante d'huile imprègne le grain et le fait ressortir. L'application est enfantine, au chiffon! Ou mieux encore, avec des filtres a café (ça n'absorbe pas). On passe une couche fine, on attend 2 ou 3 minutes, on passe un coup de sopalin pour essuyer le surplus et on laisse sécher. Dans de bonne conditions, comptez 3 couches par jours.

Avec seulement une couche!

Je me suis arrêté à 10 couches pour un rendu glossy de toute beauté, avec un égrennage 000 toutes les 3 ou 4 couches pour homogénéiser et augmenter l'adhérence des couches suivantes.

10 couches plus tard
L'acajou, cette beauté
Elle va pas tarder à sonner

Une fois la dernière couche passée, comptez une petite semaine de séchage pour être sûr que, même en profondeur, tout est ok.

Electronique

C'est le poste qui me faisait le moins rêver, mais bon, il faut bien passer par là.

J'ai blindé ma cavité avec du cuivre adhésif:

La cavité blindée

On laisse une petite languette sur le rebord pour assurer le contact avec le dos de la plaque, elle aussi recouverte. J'ai choisi ce cuivre car la colle utilisée est conductrice également, ce qui évite d'avoir à faire des points de soudures entre les bandes de cuivre, c'est bien pratique.

Au multimètre, on vérifie quand même que tout est bien conducteur de partout.

Pour des humbuckers, pas besoin de blinder les cavités de micros (même si, en toute rigueur, j'aurais dû le faire vu que je les split au push/pull)

Pour le reste, j'ai prise ce schéma qui correspondait à mes attentes:

Cablage HH avec un tone et un volume, splittables

Pensez à avoir un fer à souder adapté (30W ça suffit) et l'étain qu'il faut pour l'électronique.

N'oubliez pas de relier la masse au chevalet, en faisant passer un cable par le petit trou percé dans l'insert.

Petite astuce pour les rings de micros, les miens sont noirs, c'était un choix esthétique pour coller au reste, d'ailleurs je ne regrette pas. En revanche, comme souvent, c'est un plastique brillant qui balance à la face du monde toute sa "cheapitude". J'ai donc pris ma laine 000 et je l'ai légèrement poncé partout, pour obtenir un rendu mat tellement plus "lounge" :)

Pose de l'accastillage

La fabrication touche à sa fin. Il reste à habiller le bois de ses accessoire clinquants, à savoir le chevalet et le cordier.

On commence par enfoncer les inserts au maillet. Rien de sorcier, mais faites gaffe à pas abîmer la finition. Pour venir enfoncer le dernier millimètre, j'ai posé mon maillet sur l'insert et j'ai tapé dessus avec un autre maillet, ça marche bien, c'est safe.

Pour l'insert droit du chevalet, j'avais mon fil de masse. Je l'ai dénudé à bloc sur 2 cm, mis les fils en pillou et je les ai coincé avec l'insert avant de l'enfoncer.

Un coup de visseuse pour mettre les plots de strap lock.

On reprend son sillet et son TOM avec des limes pour avoir le même radius que la touche.

J'ai ensuite mis le sillet, juste posé comme ça (avec les cordes ça tient) et, enfin, j'ai mis les cordes!!!!

Quand une guitare prend vie

Et là, première surprise, malgré mes piètres qualités de soudeur, l'électronique est au poil: tout fonctionne, ça splitte quand on tire le potard, pas de buzz.

Et deuxième chose qui, par contre, n'est pas une surprise: ça frise de l'enfer, c'est injouable. Ce qui nous amène à la phase suivante...

Le réglage de la guitare

Voyez cette phase de réglages comme une activité sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. En effet, à chaque modification, le bois va travailler et il va falloir attendre que tout se mette en place.

On procède dans l'ordre.

On commence par régler la courbure du manche: on met un capot frette 1, on frette la dernière et on regarde au niveau de la frette 8: on doit avoir environ 0,2mm entre le sommet de la frette et la corde. En français, il faut que le manche soit très légèrement concave.

On corrige le truss rod en fonction: on serre pour réduire l'espace (le rendre plus convexe), on desserre pour le creuser.

Lorsque vous jouez sur le truss rod, attendez un peu avant de vérifier, le bois met un peu de temps à se stabiliser, c'est normal. Jouez par 1/8ème, maximum 1/4 de tour, pas plus.

Lorsque vous estimez avoir bien réglé le manche, vous pouvez passer à l'action.

C'est sans doute là que vous allez constater que la hauteur de votre sillet n'est pas bonne. Dans mon cas il était trop haut, ça engendrait un effort désagréable pour plaquer les premières frettes. Je l'ai donc limé un peu, jusqu'à avoir une hauteur optimale (c'est pour ça que je ne l'avais pas collé au départ, je me doutais que ça n'irait pas).

Ensuite, on règle la hauteur du TOM avec les deux inserts. Il y a tout un tas de site qui vous expliqueront quelle hauteur de corde à quelle frette il faut...

Moi j'ai opté pour le pragmatisme, j'ai descendu le TOM jusqu'à ce que ça frise et ensuite je l'ai remonté très progressivement jusqu'à ce que ce soit bon.

Et là, j'avais une action bien trop haute. Problème... pourquoi?

Premier constat; ça ne frisais pas partout, ce qui n'est pas normal. J'ai donc ressorti le Fret Rocker et j'ai vu que j'avais des frettes qui était très légèrement plus hautes (c'est pour ça que je disais qu'il faut vraiment fignoler la planification).

J'ai donc repris toutes les frettes qui n'allaient pas, j'ai longuement vérifié partout et ensuite, lorsque j'ai remis les cordes, c'était bon, j'ai pu régler mon action assez basse, c'est agréable.

Il faut ensuite régler la hauteur du cordier pour avoir un angle suffisant mais pas non plus trop fort, au risque de casser des cordes.

Enfin, on remonte ses micros, les plots sur le chevalet doivent être plus haut que sur le manche, car l'amplitude vibratoire y est moindre.

On branche, on teste. On reprend ses réglages tous les deux ou trois jours et, dans mon cas, ça s'est stabilisé au bout de 15 jours. Un régal.

La galerie de photo

Quelques image de ma guitare terminée:

Voici la Morgal #1

 

Ajout d'un pickguard et de micros dignes de ce nom

J'écris ce paragraphe plus d'un ans après la rédaction de cet article.

J'ai ajouté un pickguard en ébène, pour une quinzaine d'euros. C'est peu de dire que ça change son look:

Rien que du bois
Je la trouve plus belle ainsi

J'ai également investi dans un set de micros Gibson, 498T et 490R. Bien entendu, cela a complètement changé la guitare et elle est vraiment à la hauteur désormais.

Le mot de la fin

Suite à ces photos, j'ai nourri la touche à l'huile de citron, un grand succès! Le bois a un aspect plus agréable, plus doux au toucher, et l'ébène est bien plus sombre. C'est vraiment le produit adéquat.

Sinon que dire? C'était une expérience géniale, jouer sur un instrument qu'on a fabriqué, c'est une grande satisfaction. Je reviendrai bientôt avec une autre guitare, car la suivante est déjà en construction dans ma tête :)

En attendant, voici une petite vidéo pour que vous l'entendiez, quand même!

Essai de ma guitare

Commenter cet article

Michael 08/10/2019 11:44

Bonjour, ce projet donne envie de se lancer ???? j'ai toutefois une question : sur les plans lespaul que j'ai réussi a dénicher , l'épaisseur au centre de la table fait 625mm. Or, sur le site que vous citer pour l'appro en bois, je ne trouve pas cette épaisseur. Comment êtes vous parvenu a l'atteindre ? Merci par avance

Olivier 11/10/2019 00:50

Bonsoir
En fait c’est parceque la LesPaul a une table rapportée
Cela signifie que le corps est en acajou mais avec une table en érable collée par dessus, et la somme des deux épaisseurs vous permettent d’atteindre cette cote
Moi comme je le disais j’ai pas fait une copie de Les Paul, et pour un premier projet je souhaitais me limiter à un seul bois pour le corps, ma guitare fait donc 45mm d’épaisseur au centre du corps.
Pour des infos concernant les tables rapportées allez voir mon autre article où je détaille la fabrication de ma deuxième guitare (c’est une telecaster mais elle a une table)

Michael 08/10/2019 11:45

Errata a la relecture : 62.5 mm

Totin 28/09/2019 16:37

Elle est magnifique ! Un travail formidable. Merci beaucoup pour ton partage. Je vais ainsi suivre tes plans pour me faire la mienne. Elle sera sûrement plus métal.
Encore gg !

Totin 28/09/2019 23:04

Merci beaucoup !! Est-ce qu'il serait possible d'avoir voir adresse mail s'il vous plaît ? Comme ça pour vous contacter ce serait plus simple que de passer à chaque fois par le site

Olivier 28/09/2019 22:58

Moi je me fournis chez Guitar’n’blues et Emma music, ce sont des sites français et ils ont vraiment pour tous les prix

Totin 28/09/2019 22:56

Oui j'en aurais
D'après toi, où est ce que je pourrais trouver des composants électroniques, micros, mécaniques pour pas trop cher ?

Olivier 28/09/2019 21:42

Merci pour tes compliments !
Si t’as des questions n’hésites pas

Ted92 14/05/2019 15:01

Merci pour ce partage et félicitations.

Arnov 27/04/2019 12:54

Félicitations ! Elle est superbe. Merci d'avoir partagé.

hermann 11/04/2019 14:34

Merci beaucoup d'avoir rendu public ton travail, et félicitations pour cette guitare !
J'ai l'intention de commencer la fabrication d'une guitare moi aussi, et je pense que cela va être difficile, avec le peu de moyens à ma disposition. Ton article m'a éclairé sur certains points, et il me sera encore d'une grande aide !

Olivier 14/04/2019 17:04

Voilà, l'article est en ligne:
http://bric-olive.over-blog.com/2019/04/fabriquer-une-guitare-electrique-la-petite-soeur.html

Olivier 12/04/2019 21:34

Avec plaisir! Depuis j'en ai fait une autre, je crois que quand tu commences c'est dur de stopper :) Si tu as des questions en tout cas n'hésites pas!